Ouest Torch'

La théorie du genre humain

Pablo Picasso Homme et femme

Après des années de polémiques sur une prétendue théorie du genre et de ses terribles répercussions sur la société tout entière, arrêtons les frais. Assumons nos genres de désirs et de sexualités.

ADN

Je suis née fille avec tous les organes qui déterminent mon sexe. Mon frère est né garçon, et il devait aussi avoir tous les organes permettant de le définir ainsi. Dès l’adolescence, et durant des décennies, il a préféré le corps des hommes, ou tout du moins leur sexe. Je le comprends, moi aussi.
Petite, j’étais plutôt du genre garçon manqué, c’est ma grand-mère qui disait ça. C’est peut-être pour cela que je porte plutôt des pantalons, que je ne me maquille pas, et que j’ai toujours détesté les discussions de minettes. Je le sens dans le regard des gens, mon « manque de féminité ». Ca me va pourtant tellement bien les décolletés, et ne serait-ce qu’un trait noir aux yeux avec, soyons fous, un ou deux bijoux. Il n’y a rien à faire, je ne me résigne pas à être ce genre de femme.

Jeu de miroirs

Comme je disais, j’aime les hommes et je trouve normal que mon frère aussi. En fait, je ne me suis jamais posé la question en tant que problème, car c’était un fait. Le problème venait de l’extérieur, surtout à l’époque où l’homosexualité était encore un délit et une maladie mentale. Mon frère n’a jamais correspondu à un genre ni efféminé ni super viril, et depuis quinze ans, il est marié à une femme dont le genre est tout mon contraire.
Je suis de sexe féminin et mon frère est de sexe masculin, mais nos genres sont différents. Ils sont faits de nos enfances, de nos vies, de nos rencontres, de nos rapports à nos parents… J’aurais pu aller encore plus loin dans le genre garçon manqué, devenir plombier ou lesbienne, et mon frère devenir travesti, et alors ? Qui, au 21e siècle, peut s’arroger le droit de décider des genres auxquels nous devrions correspondre ? Et pourquoi ne pourrait-on pas changer de genre, voire de sexe quand c’est possible ?
Ce débat autour d’une pseudo théorie du genre dont on nous rabâche les oreilles depuis des années est consternant. Quel est le problème ? Que voulons-nous ? Continuer à élever nos filles et nos garçons selon des principes datant d’un autre temps, d’un autre monde ?

L’ordre moral contre le genre humain

Au regard de tous les stéréotypes archaïques véhiculés, il est heureux que l’Éducation nationale veille à la nécessaire conscience des enfants, qu’il s’agisse de leur corps, de leurs droits ou de l’égalité entre hommes et femmes. Ce n’est pas avec des débats stériles, montés en épingle par quelques intégristes de l’ordre moral, et relayés à outrance par des médias fascinés que notre société évoluera.
Alors que cet article alimentait la conversation de ce soir à table, ma fille en a trouvé la conclusion : « il y a deux sexes, mais un seul genre, c’est le genre humain. Et ça n’empêche pas d’avoir autant de genres que d’êtres humains. »

Ma Dalton

Petit dico du genre

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1 Commentaire

  1. geraldine 4 décembre 2017 at 23 h 36 min

    Tiens, je me reconnais là. Mes frères ne sont pas gays mais ils ont des vrais problèmes d’identification. Moi aussi sans doute, mais je vis mieux avec ma névrose. Je refuse aussi qu’on me colle une étiquette ‘femelle’ – je veux qu’on m’aime comme je m’aime moi. Sans chichi. Je me demande souvent si ce choix n’a pas été déclenché, tout simplement, par le fait que mon physique n’est pas vraiment celui d’une poupée barbie. Quand j’avais 11 ans –
    je rentrais en 6e – on m’a demandé si j’étais une fille ou un garçon. Je m’en suis toujours souvenue, bien que ce jour-là ait fait surface seulement des années après, jusqu’à ma conscience. Le truc, c’est que je ne suis pas lesbienne. J’ai bien essayé, mais les filles ne m’excitent pas. Si la théorie de la différence sexuelle est dépassée (du moins dans les cercles universitaires anglo-saxons que je fréquente), si la queer theory est souvent dénoncée comme feminophobique (j’ai assisté à assez de conférence sur le sujet pour en être témoin), devrais-je renoncer aux théories en tout genre et me brancher sur de l’anarcho-punk féministe et vivre ma vie les doigts en W ?

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