Ouest Torch'
Je ne voulais pas le faire, je ne voulais pas y aller, vous m’y avez forcée. Je vous fais donc cette lettre que vous lirez peut-être, si vous avez le temps.

 

Monsieur le Président,

J’en ai vraiment marre de me réveiller depuis onze dimanches avec toutes ces mutilations. Je ne vois plus rien, je ne peux plus marcher, mes mains sont arrachées, mais j’ai malheureusement encore mes oreilles pour vous entendre, vous et vos ministres qui ne lâcherez rien.
Même sans mes yeux, vos sourires condescendants s’entendent au cœur de votre parole méprisante de petits valets au service de tout ce qui nous détruit, la planète avec.

Oui, j’en ai assez de découvrir tous les scandales politico-financiers qui émergent chaque jour sur nos écrans. Assez de vous laisser vendre les autoroutes, les aéroports, les entreprises et les services publics. Il m’insupporte de retourner à Paris, quittée il y a 25 ans, et de croiser tant de migrants abandonnés, de travailleurs trop pauvres pour s’y loger, alors que des milliers de mètres carrés restent vacants dans la capitale.

Désormais en France périphérique, au cœur de la campagne, je suis sidérée par les conditions de travail (quand il y en a) et les salaires pratiqués. Être payé au-delà du Smic relève de l’exploit et cumuler plusieurs emplois précaires, la norme. Cela n’est pas digne, et c’est bien la dignité des citoyens que vous bafouez au fil de vos petites phrases sur l’effort non fourni, ceux qui déconnent et autre pognon de dingue. Comme si cela ne suffisait pas de ne pas pouvoir vivre de son travail, il faudrait culpabiliser de ne pas en avoir.

Alors vous frappez. Vous les visez et vous tirez. Vous avez décidé d’anéantir toute parole contestataire et déclaré la guerre en lâchant vos fauves, mais la bête, c’est vous, Monsieur le Président. Le grand ordonnateur de ces mutilations, c’est vous, et vous êtes donc le responsable de cet assassinat. Et vous voudriez que l’on gobe votre grand débat national ? Tuez-nous d’abord, on discutera ensuite, on parlera de la violence.

Je vais vous en parler de la violence ! 14% de la population en dessous du seuil de pauvreté. Plus de dix millions de chômeurs ou précaires. Quatre millions de personnes mal logées, 150 000 sans domicile fixe, 130 millions de repas servis par les Restos du cœur. Des salaires qui n’augmentent pas, car plus ils sont bas, moins ils sont taxés. Les dividendes des actionnaires qui ne cessent d’augmenter grâce à vos subventions et aux efforts des salariés sur leurs conditions de travail, leurs salaires et  leurs retraites.

La meilleure des défenses étant l’attaque, vous organisez la révolte à tout ce qui précède par une répression démesurée. Des milliers d’arrestations préventives, des centaines de mutilés, plus d’une dizaine d’éborgnés, sans compter les morts, victimes de la violence de votre cynisme. Mais la meilleure des défenses étant l’attaque, ne venez pas vous étonner d’un retour de bâton qui vous serait fatal, à vous et vos amis.

J’ai bien reçu votre courrier adressé aux Françaises, Français, vos chers compatriotes, j’aurais aimé qu’il s’adressât aux citoyens, plutôt qu’à la patrie, mais passons. Vous y posez tant de questions que l’on se demande pourquoi vous avez été élu, à part pour faire ce que vous avez décidé, car vous demeurez fidèle à vos orientations. C’est la méthode, Monsieur le Président, c’est la méthode qui ne va pas !

On ne lutte pas contre le chômage en soupçonnant et en persécutant sans cesse les personnes qui ne trouvent pas d’emploi, sont licenciées ou préfèrent alterner boulots de merde et allocations de merde, puisque ça revient au même, voire moins pire. Que les salaires deviennent décents, que les conditions de travail (précarité, éloignement, management…) soient acceptables, que la formation soit financée, et les chômeurs retrouveront peut-être votre cher goût de l’effort.

On ne lutte pas contre la désertification et l’injustice territoriale en supprimant des services publics ou en inventant d’autres. Au contraire, on les développe. Les transports en commun, les services de santé, les relais administratifs, tout cela manque à la campagne. Les villages continuent de mourir, les commerces disparaissent,  les lotissements et les ronds-points sont les symboles du pays qui tourne en rond.

On ne lutte pas contre le réchauffement climatique et la pollution en finançant nos chaudières ou en subventionnant l’achat de voiture un peu moins polluante ; en retardant l’interdiction du glyphosate ou en bricolant nos centrales nucléaires. On donne les moyens à la recherche pour d’autres solutions en exigeant des plus gros pollueurs qu’ils la financent. On développe l’utilisation de ressources alternatives, on encourage et on soutient les cultures écologiques. On cesse l’allégeance aux lobbys qui pompent toutes nos ressources.

Enfin, vous nous parlez de démocratie et de citoyenneté ou plutôt, vous nous demandez que faire, comment. Mais vous n’avez donc rien appris d’autre à l’école que de développer vos talents de comédien ? La démocratie, c’est le gouvernement par le peuple, et nous ne sommes pas votre peuple, mais le peuple, et pour sa grande majorité, il ne vous a pas élu, il a juste évité le pire.
Depuis, vous vous êtes comporté en monarque, vous avez ignoré les oppositions, méprisé les acquis sociaux, engraissé les plus riches et démuni les plus pauvres. Comme si cela ne vous suffisait pas, vous envoyez vos canons contre ce peuple qui ne vous a pas choisi.

La démocratie, ce n’est pas de réduire le nombre d’élus en prétendant vouloir freiner le train de vie de l’État. Ce n’est pas se servir des deniers de cet État pour financer sa campagne électorale depuis son ministère. Ce n’est pas choisir ses candidats dans une unique classe sociale ni supprimer les assemblées ou organes de contrôle qui vous seraient opposés. Ce n’est pas d’organiser des débats où les questions sont choisies et vos réponses préparées. Et une fois encore, la démocratie ce n’est pas de tirer sur tout ce qui bouge.

Devant tant de mépris, je m’étais promis de ne pas participer à cette mascarade, mais vous m’y avez obligée, car ma colère a pris le dessus face à vos armes. Encore un effort, Monsieur le Président, et j’enfilerai le gilet jaune.

En révolte.

za zaz

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