Ouest Torch'
De Zeuz aux keufs

Les fonctions d’érotisme et de mort sont au cœur des pouvoirs, de nos instincts de domination comme de soumission. Là, s’articulent nos terreurs premières et nos aspirations secrètes.

Mythologies

Nous tendons à nos fins par tous nos extrêmes, s’en suivent les conséquences les plus heureuses comme les plus tragiques.
L’Europe, parlons des racines, du concept et de la chair. Europa ­enlevée par Zeus, élevée, violée. Ordre divin étendu à l’Ouest par le chibre grec avant le logos et la démocratie. Être femme, c’est être pénétrée. Saigner, c’est être impure. Admettre les corps étrangers et ainsi être ensemencée, c’est perpétuer la race. Les rôles de pénétrant et de pénétré sont des principes du pouvoir patriarcal. Ce qui est stigmatisé dans l’antiquité greco-romaine c’est le rôle « passif » (celui de réceptacle), pas la pédophilie ou l’homosexualité. Renverser les rôles sexuels c’est alors renverser l’ordre social et sacré. Le pouvoir du pater familias s’instaure comme pénétrant, privilège de pénétrer la chair des subordonnés par le fer, ou de s’introduire, rigide dans leurs sphincters.

La virilité comme arme

Depuis lors, notre modèle greco-­romain, esclavagiste, patriarcal et colonialiste, se déploie au cours de l’histoire et des conquêtes ­coloniales. La saveur de la sauvagerie excite les conquérants, des nymphes gauloises aux Créoles antillaises, des Orientales aux Tonkinoises. Un parfum de permissivité sexuelle, loin des règles de la métropole, autorise aussi les pratiques homosexuelles en tant que gestes de domination sur les vaincus. La puissance virile est l’arme et l’argument de ce déploiement engendrant la nécessité d’émasculer, symboliquement et physiquement les mâles dominés. Ce sera réalisé par le droit de cuissage sur les serfs et les esclaves, par les mutilations sexuelles à l’encontre des contrevenants et des rebelles du Congo à la guerre d’Algérie jusqu’à Aulnay-sous-Bois.
Le contrôle de la sexualité s’accroît avec les religions abrahamiques : judaïsmes, christianismes et islams, qui entendent réglementer rigoureusement les rapports physiques et sexuels entre individus. Avec ­l’interdit de l’inceste, bien-sûr, mais aussi la définition des pratiques ­admissibles dans un couple, et même des conditions à remplir par les ­individus pour constituer une union « légitime ».

Je te viole, je te possède

Le commerce des corps entre castes, races, religions, etc. définit les limites d’un groupe. C’est pourquoi, briser cette limite chez l’adversaire est priorité ethnocidaire. En retour, la pureté sans mélange chez les dominants est enjeu de domination. Prendre garde à l’ensauvagement, le civilisé y perdrait ses galons de bourreau investi d’une mission sacrée ! Quelques conventions permettent d’y échapper, par exemple la position du missionnaire pour ne pas succomber aux tentations de mœurs animales, à la sensualité diabolique. De cette crainte de la puissance sexuelle subjuguante de l’homme noir sur la femme blanche dans l’Amérique raciste, et dans toutes les colonies européennes, naît la nécessité de l’humilier. De le pénétrer de la puissance blanche, à l’instar des femmes dominées, violées, depuis Europa jusqu’aux femmes de l’Est du Congo violées et mutilées par dizaines de milliers. Les privilèges masculins et blancs ont l’odeur du sang.

A. Vice(n)

photo : Karl Lakolak – L’enlèvement d’Europe, 2012.

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