Ouest Torch'
Le bal nègre par Elliott Erwitt - 1952

Haut lieu des avant-gardes de l’entre-deux-guerres, le Bal nègre rouvre après restauration des lieux. Sous la surveillance du politiquement correct.

Au lendemain de la 1re guerre mondiale, un Martiniquais aventureux, politique et musicien se trouve à la genèse de soirées dansantes endiablées. Un ami accueille ses « réunions » dans une ancienne ferme, rue Blomet à Paris. Le rendez-vous d’initiés devient vite un pôle pour une faune avide de nouveautés. Des afro-descendants, des artistes surréalistes comme Breton ou Tzara. Les ateliers de Miró et d’autres peintres sont à deux pas. Le jazz y conquiert ses premiers adeptes parisiens. Des échanges entre des cultures et des corps qui s’ignoraient voient le jour, ou plutôt la nuit. Desnos rebaptise le lieu Bal nègre, l’entre-deux-guerres passe vite, le poète meurt en 1945 au camp de Theresienstadt.
Un ami guadeloupéen âgé de 80 ans m’a dit : « J’ai connu le bal Blomet, après la 2e guerre. On y croisait de Beauvoir, Sartre, Vian. À cette époque la réputation du bal n’était pas flatteuse. Hormis les intellectuels reconnus, peu de métropolitains le fréquentaient. Quant aux métropolitaines, la plupart étaient des Auvergnates ou des Bretonnes venues pour travailler comme femmes de ménage. Elles étaient traitées de femmes à négros, mais en fait elles retrouvaient l’ambiance de leurs bals régionaux. J’ai connu la majorité des musiciens jazz et Antillais de l’époque dans ce lieu… »
Le Bal nègre ne portera plus ce nom. Alors qu’il devait renaître de l’oubli en 2017, les pressions d’associations, jugeant ce vocable raciste, sont parvenues à convaincre le nouveau propriétaire de choisir un nom plus… lisse. Que les nuits fauves de Desnos et des autres continuent d’embraser et de mordre les âmes et les chairs, malgré les inquisiteurs. Amen.

A. Vice(n)

photo : Le bal nègre par Elliott Erwitt – 1952

Partager cet article

Commenter