Ouest Torch'

Éditorial

J’avais prévu de vous parler de l’Euro 2016. Les magouilles, les scandales, l’argent… Et pendant ce temps-là… Les mouvements de luttes pour un autre monde… Ah, ah ! Mais voilà, ce 14 juin, je suis allée à Paris avec la bande de nuitdeboutistes qu’on est depuis trois mois à affronter les miliciens, armés jusqu’aux dents depuis les attentats de novembre dernier.
La manifestation se promettait d’être belle, grandiose, et même unitaire ! C’était sans compter la détermination de notre Premier ministre, cumulant sa fonction à celle de Général en chef des armées, pour imposer sa loi scélérate à coups de bâtons. Toutes les rues attenantes aux boulevards de l’Hôpital et du Montparnasse étaient bloquées par d’immenses murs de grillages, de plexiglas et autres attirails, dont je ne connais plus les noms, car ça fait longtemps que je ne participe plus aux manifs. Les plus jeunes avaient préparé les kits d’usage : sérum physiologique, masque, lunettes, Maalox… Ils en ont assez de se faire gazer à tous les coins de rues, et prennent maintenant toutes les précautions pour diminuer les douleurs de l’asphyxie et des irritations cutanées. Mais moi, je ne voulais rien de tout cela. Même pas peur, même pas mal.
En remontant le boulevard de l’Hôpital pour rejoindre le cortège, l’atmosphère était pesante. Quelques stands syndicaux, encore déserts, semblaient perdus au milieu des compagnies républicaines de sécurité, débarquées de la France entière. Je n’en avais jamais vu autant, même en 1968.

Répression, quand tu nous tiens

Ça me fait penser, nous avons exactement le même âge, le Général en chef et moi, mais pas la même enfance. En 68 j’habitais au Quartier latin, et c’est là que j’ai dû être immunisée contre les gaz lacrymogènes. Notre Général, lui, vivait alors sous un des régimes les plus fascistes de l’après-guerre, ça vous marque forcément un gamin. Quant à notre futur Président-Maréchal, de quelques années notre aîné, il tentait de s’extirper d’une éducation on ne peut plus droitière. On ne se défait pas si facilement de ses origines.
La foule arrivée place d’Italie débordait de par toutes ses avenues, nous ne pouvions plus avancer, et c’est comme ça qu’on s’est retrouvés en tête du défilé dans une ambiance plutôt bon enfant. C’est devant l’hôpital du Val de Grâce que la première charge a eu lieu, à peine une demi-heure après le départ. Une habituée des nuits debout parisiennes m’expliquait que les mômes, tout de noir vêtus, n’étaient pas des black blocs, mais des jeunes exaspérés par les forces de l’ordre déployées dans les rues de la capitale à chaque rassemblement. Tout à coup, un nuage de gaz irrespirable s’est répandu, avant qu’une trentaine de black cops foncent dans tout ce qui bougeait, matraque à la main, rage au visage.

Je vous parle d’un temps

Alors, tout est remonté. Les pavés de 68, mes vacances en Espagne sous Franco et sa Guardia Civil, et plus loin encore, l’Action immédiate, celle de mon grand-père, héros de la Résistance, mort pour nos libertés. Jusqu’aux Invalides, les blessés se succédaient tous les 100 mètres, les sapeurs pompiers ne savaient plus où donner du GPS, et les canons à eau, placés en embuscade, précisaient les intentions de nos dirigeants.
Au lendemain de ce carnage, on ne parle que de l’hôpital Necker et ses pauvres enfants attaqués* par de lâches activistes. Mais ce sont les enfants de la République qui sont écrasés depuis des mois par le Général et son Maréchal, devenu l’ombre d’une gauche obsédée par le tout sécuritaire, aux antipodes des notions de liberté, de solidarité et d’humanisme qui faisaient sa raison d’être.
Alors toi, Maréchal de France, préviens ton Général que la farce a assez duré, on arrive !

Ma Dalton

*En réalité, quelques vitres brisées. Voir sur lundimatin #65, le témoignage du père d’un enfant hospitalisé. https://lundi.am

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