Ouest Torch'

Éditorial

Dans une communauté comprenant un nombre d’individus restreint, tout se sait. François a rendu visite à Julie, Emmanuel a injurié un RMIste au souper… L’information est directe, tout se voit et tout se sait. À l’échelle d’un pays, en revanche, l’effet de proximité se perd. Dans ce contexte, la presse entre en scène. Elle est l’intermédiaire entre l’action et le citoyen, permet à chacun de se faire un avis sur les évènements.

Une reflexion nécessaire

Qu’arrive-t-il quand la presse est contrôlée, ou influencée ? Si seule une part des événements nous est rapportée, notre avis, bien que sincère, se fonde sur ce qui a pu être relayé, et notre image de l’action n’est pas fidèle à la réalité.
Image choc ce matin : « … un lion blesse un homme… » Il est aisé de penser que le lion est dangereux. Mais si nous rappelons que l’homme est un chasseur et qu’il a tiré auparavant sur le lion avec son fusil, la mise en contexte permet d’y voir plus clair.
Le problème qui se pose aujourd’hui avec le mouvement social, est simple. La presse colle-t-elle aux événements ? L’image présentée aux Français est-elle juste ? Est-ce être fidèle aux événements que de montrer une voiture de police en feu, mais de cacher qu’un jeune homme est dans le coma suite à l’intervention de CRS ? Est-il juste de voir chaque soir le Président à la télévision, mais de ne pas offrir de temps de parole à ses opposants ? Voilà le type de questions que chacun devrait se poser. Suis-je influencé-e ? Une vidéo de cinq secondes, sans son contexte, permet-elle un compte rendu fidèle de la réalité ?

Pièces à conviction

À Rennes, ce jeudi 2 juin, la répression étatique a franchit un nouveau palier, et des journalistes ont été agressés. Des appareils photo ont été détruits par des coups de matraques, et des reporters ont été malmenés. Tandis qu’à Paris, un journaliste a été forcé par des CRS sans matricule d’effacer les photos d’une arrestation musclée. Une bande de cowboys malmenant des journalistes indépendants (Taranis news et autres) ou officiels (BFM TV, France 3…) l’air de dire que la captation d’im­ages témoin est repréhensible.
Car oui, photographier et témoigner de la réalité devient un crime. Alors que chaque vidéo transmise au JT est étudiée avec soin par la police. La moindre image publiée sur internet se transforme en pièce à conviction.

Fallait pas taper la presse

Le préfet affirmant qu’aucune violence n’a été perpétrée envers les journalistes, nous avons failli nous demander si ces faits ne relevaient pas d’une hallucination collective dûe à l’effet répété des gaz lacrymogènes sur l’organisme. Cependant, quand Reporter sans frontière dénonce les violences policières à l’encontre de la presse, nous sommes presque rassurés de ne plus être les seuls.
Nous tous, français, au pays des droits de l’Homme, sommes renvoyés au rang de toutes les autres dictatures : interdiction de contester une décision, d’attester d’un événement, au péril de notre sécurité. Il devient de plus en plus dangereux de ne pas marcher dans le rang.

Cthulhu

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