Ouest Torch'
Street médics à Paris le 14 juin 2016

Entretien

Tu fais partie des Street médics de Rennes, pourquoi as-tu choisi de les rejoindre ? 
Pendant 13 ans, j’ai été intervenant secouriste à la Croix-Rouge de Paris, en formation grand public ou en secours aux victimes. Je me sens obligé d’intervenir, suite à mon expérience, et de par mes responsabilités citoyennes et civiles.

Tu as rejoins les medics dès le début du mouvement, ou c’est la violence qui t’a incité à intervenir ?
À l’ép­oque du CPE à Paris, les manifs commençaient à être assez violentes, les équipes de secouristes étaient mises en place, à la demande de la préfecture, pour suivre les cortèges. Mais pour leur sécurité, elles s’aventuraient rarement au milieu des cortèges, c’était comme des voitures-balais. J’ai vu deux gamines de 12 ou 14 ans qui avaient été gazées, allongées en pleurs au milieu de la rue, bousculées et piétinées par la foule en panique qui fuyait face à la charge des CRS. J’ai foncé pour les extraire de là, et les mettre en sécurité. À ce moment-là, on m’a tapé dans le dos, retourné et gazé. C’était de l’acharnement, jusqu’à ce que mes collègues de la Croix-Rouge me sortent de là. J’ai mis du temps à refaire des manifs en civil, mais là, les violences ont recommencé. Je n’ai plus d’uniforme, mais je ne peux pas laisser une personne à terre se faire lyncher. Je fais de mon mieux pour éviter la casse.

Quelles sont les blessures les plus courantes, vues en manif ?
On voit de nombreuses détresses lors des manifs. Une simple irritation oculaire et/ou respiratoire, une crise d’angoisse due aux gaz lacrymogènes ou à l’effet de panique lors d’une charge, de simples plaies ou des blessures plus graves, dues à une grenade ramassée à la main, nécessitant une évacuation à l’hôpital.

Des policiers t’ont-ils déjà empêché de soigner un manifestant ?
La police ne respecte pas les conventions de Genève, qui régissent le droit international humanitaire. Je me suis déjà fait matraquer, éjecter violemment ou insulter alors que je portais secours à des gens, malgré les marquages bien visibles du service médical international (croix rouge sur fond blanc) que je porte au bras et sur le dos.

Exerces-tu une profession médicale de base ? 
Je précise, on n’est pas médecins, ni infirmiers, et sûrement pas des druides qui donnont de la potion magique pour aller au combat comme certains semblent le croire. Dans nos sacs, y’a pas grand-chose, nous sommes limités par les fouilles abusives de nos sacs par la police et par les procédures médicales. On n’a pas de bouteilles d’oxygène, pas de colliers cervicaux, pas de défibrillateurs, pas de perfusions ni de kits de suture. On a juste des trousses de secours basiques : beaucoup d’eau, du sérum physiologique, du désinfectant, des sprays magiques contre les gaz lacrymogènes, des compresses, gants, bandages, pinces à épiler et autres.

As-tu quelque chose à ajouter ? 
Je ne fais pas de distinction sociale, religieuse ou d’appartenance politique, on est tous des humains, même un CRS robotisé ou un manifestant un peu agité. Je suis contre le geste de violence, qu’il soit physique ou verbal, donc on ne me verra jamais violenter quelqu’un ou péter une vitrine, je peux crier, mais avec respect et diplomatie.

Propos recueillis par Cthulhu

photo : B. Rocher

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