Ouest Torch'
Blocage du centre de distribution de La Poste de Rennes Le Rheu, 1er juin. 2016

Éditorial

En 2009, une note rédigée par le « premier courtier en actions européennes » a été relayé dans quelques médias indépendants (Reporterre, Fakir)*. Cette société, qui conseille notamment des banques et des fonds de pension, a fait parvenir ce document à ses clients et n’était pas supposé le rendre public ; en effet, il dévoile le plan de bataille des financiers pour l’après 2012, en supposant que François Hollande soit élu. Quatre ans plus tard, en pleine contestation contre la loi El Khomri, cette petite note de neuf pages seulement prend tout son sens. En voici quelques extraits :
« S’il est élu le 6 mai prochain, le socialiste François Hollande devra clarifier sa position sur deux questions pressantes : l’austérité budgétaire et la réforme du marché du travail […] Il va devoir déplaire soit aux marchés financiers, soit à ses électeurs, puisqu’il est certain de ne pas parvenir à concilier les deux. [Il devra] opter pour une politique efficace de réforme favorable à la croissance telles que couper dans les dépenses publiques et libéraliser le marché du travail (et les services) d’une manière ou d’une autre. Le vrai défi pour lui sera de trouver une formule politique pour vendre ces réformes à la population française. On peut espérer que le processus ne prendrait que quelques mois sans trop de troubles sociaux. Un catalyseur possible (et hélas, souhaitable) pourrait être une hausse du chômage inexorable, en particulier chez les jeunes. »

Les choix d’un traître

Entre les marchés financiers et les électeurs, François Hollande n’a pas tardé à choisir sa position. Loi Macron, Pacte de responsabilité, les réformes d’assouplissement du marché du travail n’ont pas tardé à voir le jour, fidèlement aux souhaits du monde de la finance (cet ennemi sans visage contre lequel il promettait quelques années plus tôt de se battre). Ce texte est une nouvelle provocation, car il favorise toujours plus le chantage à l’emploi (le gouvernement préfère le terme de dialogue social).
Provocateur, mais pas infaillible ! Après les blocages massifs des semaines passées, les routiers ont obtenu que leurs heures supplémentaires restent majorées à 25, puis 50 %. Le projet de loi permettait aux entreprises de négocier un accords interne de 10 %, ce qui aurait conduit à une perte de salaire non négligeable. Pas d’inquiétude ! les a rassurés jeudi 19 mai Manuel Valls, « il n’y aura pas d’impact sur les chauffeurs routiers, car cela ne peut être négocié que si un accord de branche est signé avec les syndicats ». Mensonge grossier, puisque la loi El Khomri donne la primauté à l’accord d’entreprise. Le surlendemain, le premier ministre cédait sur ce point de la loi, devant la pression exercée par les blocages.
C’est le premier recul du gouvernement et nous devons poursuivre, et amplifier la mobilisation pour en obtenir d’autres ! En 2009, le monde de la finance espérait de toutes ses forces que le peuple français se laisserait marcher dessus sans trop crier :« On peut espérer que le processus ne prendrait que quelques mois sans trop de troubles sociaux. »
Allons nous vraiment rentrer chez nous et nous taire parce que c’est le souhait des banques et des fonds de pensions ?
Et toi, qu’en penses-tu… ?

CaiLoux

* Pour aller plus loin : http://www.fakirpresse.info/Le-plan-de-bataille-des-marches.html

photo : B. Rocher

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