Ouest Torch'
A quand un château du peuple ?

Tandis que les cars de CRS les encerclent et que les voitures banalisées de la BAC les espionnent sans relâche, les places de la ville revivent.

Ainsi soit-il

En moins de deux mois, on cons­tate un certain réveil de l’espace public rennais informel. Les slogans, les pancartes, les tags, les sabotages, les barricades, les performances artistiques, sont autant de traces qui traversent l’espace urbain, en s’y inscrivant temporairement. Malgré les efforts de quadrillage et de nettoyage organisés par la mairie, l’enchaînement des marquages contestataires tous azimuts, inondent l’espace. Les rues de Rennes sont vivantes d’expression et de créativité !

Baptêmes à gogo

Le 36 mars, après avoir été éjectée de l’hyper centre, Nuit debout s’installa sur l’esplanade Charles de Gaulle où elle s’est épanouie. Dès les premières assemblées générales, elle fut rebaptisée place du Peuple, à l’unanimité des participants. Pendant plus d’un mois, ni le froid ni la pluie ni le vent, n’ont réussi à émousser la motivation du peuple à se réunir pour débattre jusqu’au bout de la nuit.
À l’université de Villejean, sphère traditionnellement militante, l’amphi B8, fut également rebaptisé B8tistan à l’occasion de son occupation. Le choix des mots est une indication pour l’étranger, au sens noble, des intentions du lieu car les mots sont sensés, ne l’oublions pas.
Les giboulées passées, le muguet fleurit en même temps que la Salle de la cité fraîchement occupée.
Son ancien nom : Maison du peuple, déjà inscrit au fronton du bâtiment, est réadopté en assemblée générale. L’enseigne lumineuse de feue la Salle de la cité est déjà en lambeaux lorsque la nouvelle est diffusée sur les ondes de Radio croco : le peuple a récupéré sa maison !
Étudiants, salariés, précaires, intellectuels, jeunes, plus âgés, syndiqués, sans carte, exclus, se réunissent dans cette maison au cœur de la ville.

Pendant les travaux le spectacle continue

La première évacuation de la Maison du peuple, par les autorités, se déroula dans le calme le vendredi 13 mai. La seconde eut lieu, le dimanche 29 mai, après deux jours de reprise des lieux par le peuple. Alors, les occupants, le voisinage, les commerçants, et même la BAC et les CRS, ont ­redécouvert la place Saint-Anne, située à deux pas. Rayonnante de vie, d’improvisations et de rencontres, de la rue Saint-Michel à la rue d’Échange en passant par la rue Saint-Louis, la place éveille une ­véritable attention populaire. Improvisation de rue, guinguettes, représentations théâtrales accessibles et recherchées, concerts, bals, assemblées générales spontanées, manifestations musclées, terrasses de café cosmopolites… Par beau temps ou dans les gaz, toutes les créativités y convergent. La vie a migré sur la place Sainte-Anne réenchantée, ressuscitée.
À la différence de l’esplanade, du B8, ou de la salle de la cité, Sainte-Anne ne souhaite pas être rebaptisée. Place Sainte-Anne, ne changeons rien. La reine sanctifiée on la garde ! À travers la symbolique du baptême, il s’agit de l’expression de la volonté populaire plutôt que de celle de son identité.

Fripon le druide

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