Ouest Torch'

La ville de Rennes est victime d’une prise d’otage. Mais ne vous y trompez pas, ce preneur d’otage est aujourd’hui le gouvernement.

Allumette

Plus aucun économiste digne de ce nom, tenant en estime les valeurs scientifiques, l’analyse objective des faits, ne s’enthousiasme plus sur les mirifiques promesses de la loi travail. Dans les scénarios les plus optimistes, le projet El Khomri créera une poignée d’emplois précaires et sous-qualifiés, au détriment des salaires et des conditions de travail des autres salariés. Dans le pire des cas, cette loi ne sera qu’un recul général de la situation des travailleurs : hausse du temps de travail aboutissant à une hausse du chômage, réduction de la sécurité au travail et facilitation des licenciements.

Moins de droits, plus de profits

Un point fondamental est également la généralisation des accords d’entreprise qui placent le salarié en position de faiblesse face à son employeur : nous savons la difficulté qu’il y a à contester les injonctions de son employeur, sous la menace du chômage. Aucun débat démocratique n’existe sous l’autorité d’un patron, d’autant que négocier les conditions de travail au niveau de l’entreprise implique la mise en concurrence de celles-ci : le code du travail ne constituera plus une base, un minimum garantissant aux travailleurs une certaine sécurité face à la violence de la concurrence. Toute entreprise décidant, sur son marché, de réduire les conditions de travail pour augmenter la productivité, forcera les autres à en faire autant sous peine de disparaître.
La loi El Khomri n’est donc pas une démocratisation, mais un couteau placé sous la gorge des travailleurs et des petits entrepreneurs, qui ne demandent que des carnets de commandes remplis.
En l’espace de quelques mois, chaque outrage n’a fait que surpasser le précédent : dans un premier temps, c’est la fameuse « démocratie d’opinion », censée être devenue le pilier contemporain de l’expression populaire via les nouveaux médias et les sondages, qui a pris une sévère correction : face à plus de 70 % d’opinions défavorables à la Loi El Khomri dans toute la population, le gouvernement n’a que peu reculé. […]
C’est au nom de cet État en proie aux pires ignominies politiciennes que depuis des semaines, nous subissons une répression d’une rare violence, impensable il y a quelques années, et qui est pourtant devenue coutumière. De vidéos en témoignages, la brutalité policière n’a de cesse de se montrer au grand jour : on ne compte plus les éborgnés et les tabassés, y compris parmi ceux qui ne représentent aucune menace. Syndicats policiers de gauche comme de droite affirment que les ordres de leur hiérarchie, et finalement du ministère de l’intérieur, sont de favoriser les dérapages par tous les moyens : couper en deux des cortèges pacifiques, laisser les groupes les plus violents intégrer ces mêmes cortèges, ou introduire des policiers en civil pour faire dégénérer les manifestations. […]

Convergence des luttes

Face aux attaques contre nos salaires, notre liberté, notre démocratie, notre espoir repose maintenant dans l’ardeur et l’organisation des travailleurs : sur les routes et le rail, dans les ports et les raffineries, les grèves se déclarent, s’étendent et se consolident. Les points stratégiques de l’économie sont bloqués, et les conséquences pour tout le système productif ne tarderont pas. Car si la mondialisation et son florilège d’échanges se déroule fondamentalement dans l’intérêt des plus puissants, elle a son revers : c’est que le blocage de quelques points névralgiques peut paralyser toute l’économie, donnant un avantage stratégique au mouvement social.
Nous pouvons tordre le cou de ce gouvernement scélérat : les travailleurs ont entre leurs mains leur propre destin, et il ne tient qu’à nous de les aider dans leur combat.
Front uni face aux assauts contre le Travail ! Vive la Sociale !

Ambroise Péri

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