Ouest Torch'

Retour mouvementé à la kasbah

Maison du peuple Rennes ph. B. Rocher

Si le retrait de la loi El Khomri était une guerre, la maison du peuple en serait une bataille. Mais, monsieur le préfet, vous n’êtes pas dans Gods of War.

Mise au point

Depuis le 1er mai 2016, la Salle de la Cité a été renommée Maison du peuple. Je précise bien, renommée. Effectivement, les occupants ont rendu à ce lieu son prestige d’antan. Avant qu’il devienne la salle de la cité ce prestigieux bâtiment accueillait des mouvements politiques et syndicaux rennais. Il abritait dans ses murs instruction et culture : base de tout peuple, ce qui le rend fort. Cependant, au fil du temps, cette force a été enlevée à ses habitants, ne leur laissant qu’une salle de divertissement creuse.
Alors, dans un élan symbolique, les opposants à la loi El Khomri ont repris cette bâtisse, ramenant le changement, les bouleversements historiques, dans le lieu qui les avaient toujours connus, et qui leur était interdit.

L’agora retrouvée

« Au lendemain du 1er mai, une centaine de militants en avaient fait leur quartier général, multipliant les initiatives : projections de films, concerts, soirées débats, kermesse, assemblées générales et groupes de réflexion, autour des thèmes du moment : état d’urgence, violences policières, loi travail. Le tout relayé par une radio pirate* diffusant musiques et infos tout au long de la journée »
S’en sont suivis des nuits et des jours d’échanges. Le peuple avait une maison, un endroit où se sentir libre. Entre les murs du passé s’échangeaient autant discussions sur l’avenir, mêlant utopie et espoir de bouleversements, que rires et chants. L’endroit n’était pas parfait, mais il s’autogérait. Ni chef, ni loi. Le simple plaisir de l’échange, d’avancer ensemble. Cette douce utopie a laissé dans le cœur de ceux qui l’ont connue un sentiment de perfection. Le peuple avait retrouvé sa maison.
« C’était génial, lâche la jeune femme, qui s’est occupée plus spécialement de la cantine collective, il y a toujours eu une très bonne ambiance, avec beaucoup de débats. Sans tapage pour le voisinage et sans que personne ne pose de problème. »
Cependant, dans ce pays, les utopies ne durent pas, surtout si elles ne peuvent être contrôlées, normalisées. L’occupation de la salle de la cité, faisait mauvais effet. Malgré tous les bons échos, ces lieux semblent perçus par le préfet et ses sympathisants comme un rassemblement de hooligans, comme une occupation abusive. Alors mercredi 11 mai, « l’autorisation d’occupation », a été levée. Deux jours plus tard, à 6 heures du matin, le RAID, volant au secours du préfet, se présentait dans une nacelle suspendu à une grue, prêt à intervenir en soutient aux troupes, à terre, afin de faire évacuer les lieux.
Les autorités semblaient avoir gagné. Pour justifier cette attaque et apaiser les contestations, le préfet mit en avant les « nombreuses » dégradations commises. Et on le crut ! Oui, il avait sauvé le centre historique !
Dès lors, plusieurs maitres-chien gardaient les lieux. À chaque manifestation, le vieux Rennes était barricadé. Nul manifestant n’entrait. La ville n’était plus à eux, l’histoire n’était plus la leur. Ils étaient passés de penseurs du futur à casseurs, de peuple à association de malfaiteurs.

Déclaration de guerre

Toujours imprégnés des souvenirs de cette maison, la question de sa reprise revenait à chaque assemblée générale, les pas s’y dirigeaient à chaque arrivée de cortège à République.
Et puis ça s’est décidé… Le 27 mai, les barricades installées par la mairie furent détruites, les portes furent forcées. La maison du peuple a été reprise. S’en est suivi une nuit intense. Joie et peur s’y mélangeaient. Allaient-ils être délogés ? Leur reprendrait-on leur précieux bien ? Ils n’étaient plus en sécurité chez eux. Malgré tout, les exclamations fusaient :
« Et la maison du peuple elle est à qui ? Elle est à nous ! »
Deux jours plus tard, nouvelle intervention du RAID, la maison était de nouveau vidée de sa vie.
Ainsi, monsieur le préfet, je m’adresse à vous. Jusqu’à quand allez-vous jouer à ce petit jeu ? Occupation, expulsion, réoccupation, ré expulsion. Il semble évident que cela ne pourra pas durer. Vous avez une force de frappe plus puissante, nous l’avons bien compris. Mais cela doit cesser. Pourquoi vouloir nier le passé de ces lieux ? Pourquoi vouloir renier son histoire ? Pourquoi vouloir priver le peu44ple de sa maison ? Vous avez sans doute peur de perdre la face devant l’électorat, peut-être même devant votre oligarchie. Pour vous, si la loi El Khomri est une guerre, la salle de la cité en est une bataille. Mais, monsieur le préfet, vous n’êtes pas dans Gods of War. Ici, c’est la vraie vie. Le peuple a des droits, vous avez des devoirs, et inversement. On ne joue pas à qui pisse le plus loin. On parle de droits civiques.
Le peuple ne se laissera pas marcher dessus, croyez-le. Et, le mettre à la porte de chez lui, ne servira qu’à attiser sa colère.

Cthulhu

L’actu en direct : radio Croco
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